Les rapaces de la Mayenne

Petit guide pour reconnaître les oiseaux de proie qu'on peut croiser dans le département — en vol, posés, et ce qui les distingue.

Rapaces diurnes

Buse variable

Buteo buteo

Comment la reconnaître

Grand rapace trapu, ailes larges, queue courte et arrondie souvent en éventail. En vol plané, ailes légèrement relevées en V très ouvert. Plumage très variable : du presque noir au presque blanc, souvent brun avec ventre clair barré.

Description

Le rapace le plus commun de Mayenne. On le voit partout : posté sur un piquet de clôture en bord de route, à scruter les talus, ou tournoyant haut dans le ciel au-dessus des bocages. Sédentaire toute l'année.

Le saviez-vous ?

Son cri plaintif « piii-aaah » est si évocateur que le cinéma l'utilise très souvent… pour figurer le cri de l'aigle royal, dont le vrai cri est nettement moins impressionnant.

Faucon crécerelle

Falco tinnunculus

Comment le reconnaître

Le seul rapace qu'on voit faire du « Saint-Esprit » : sur place, à 10–20 m du sol, les ailes battantes, la queue déployée. Petit, ailes pointues, longue queue. Mâle : tête grise, dos roux tacheté de noir. Femelle : entièrement rousse barrée.

Description

Le faucon des bords de route. Très présent au-dessus des friches, talus d'autoroute, prairies fauchées. Chasse surtout les campagnols.

Le saviez-vous ?

Il voit les ultraviolets. Les campagnols laissent des traînées d'urine fluorescentes dans cette longueur d'onde — le crécerelle repère ainsi les pistes les plus fréquentées avant même de voir une proie.

Épervier d'Europe

Accipiter nisus

Comment le reconnaître

Ailes courtes et arrondies, longue queue carrée. Vol caractéristique : quelques battements rapides puis un glissé, en rase-mottes le long des haies. Mâle petit (taille pigeon) avec poitrine rousse barrée. Femelle nettement plus grande, dessous gris finement barré.

Description

Chasseur d'oiseaux par excellence. Surgit comme un éclair derrière une haie ou un mur pour surprendre les passereaux. Visite régulièrement les mangeoires l'hiver.

Le saviez-vous ?

La femelle pèse presque deux fois plus que le mâle — un des dimorphismes sexuels les plus marqués chez les oiseaux. Du coup, ils ne chassent pas les mêmes proies : monsieur prend les mésanges, madame s'attaque aux pigeons.

Autour des palombes

Accipiter gentilis

Comment le reconnaître

Comme un épervier… mais taille d'une buse. Silhouette plus puissante, poitrine finement barrée gris sur fond blanc, sourcil blanc très marqué, regard rouge-orange perçant. La femelle peut atteindre 60 cm.

Description

Discret, farouche, forestier. Niche dans les grands massifs de Mayenne (forêts de Mayenne, de Multonne, du Pertre). Bien plus rare que l'épervier.

Le saviez-vous ?

Surnommé « le fantôme gris des forêts » par les ornithologues — il peut être perché à 50 m d'un promeneur sans être repéré. C'était l'oiseau favori des fauconniers médiévaux, réservé aux nobles.

Bondrée apivore

Pernis apivorus

Comment la reconnaître

Silhouette de buse mais tête plus petite et avancée (allure de coucou en vol). Queue plus longue avec trois barres noires nettes : deux serrées à la base, une large terminale. Cou plus fin.

Description

Migratrice. Présente en Mayenne de mai à août seulement. Pas une vraie chasseuse — elle marche au sol pour déterrer les nids de guêpes et frelons et en manger les larves.

Le saviez-vous ?

Elle s'attaque aux nids de guêpes sans broncher : ses plumes denses et écailleuses autour des yeux et du bec la protègent des piqûres. Aucun autre rapace européen n'a ce régime.

Milan noir

Milvus migrans

Comment le reconnaître

La queue échancrée en V — signe infaillible (même si l'échancrure disparaît quand la queue est déployée en plané). Plumage brun sombre uniforme, ailes longues et coudées. Souvent en groupes.

Description

Migrateur, présent de mars à août. Plus commun dans le sud du département, le long de la Mayenne et autour des étangs. Charognard opportuniste — patrouille les bords de route à la recherche d'animaux écrasés.

Le saviez-vous ?

Ses cousins d'Australie ont été observés transportant des brindilles enflammées dans leur bec pour propager les feux de brousse et faire fuir les proies — un des très rares cas d'utilisation du feu par un animal non humain.

Busard Saint-Martin

Circus cyaneus

Comment le reconnaître

Vol bas et lent au ras des cultures, ailes tenues en V relevé. Croupion blanc bien visible à la base de la queue. Mâle gris pâle « fantôme » avec bouts d'ailes noirs nets. Femelle brune tachetée de roux.

Description

Niche directement au sol dans les céréales — espèce menacée par les moissons précoces. Présent toute l'année en Mayenne, surtout dans les plaines céréalières du sud-est.

Le saviez-vous ?

Un même mâle peut nourrir simultanément deux, voire trois femelles installées dans des nids différents — la polygamie est la norme chez cette espèce, rare cas chez les rapaces.

Busard des roseaux

Circus aeruginosus

Comment le reconnaître

Plus gros et plus sombre que le Saint-Martin. Mâle tricolore : brun, gris et noir au bout des ailes. Femelle (la plus souvent vue) : brun chocolat avec calotte et épaules crème. Vol en V relevé lui aussi, mais toujours près des roselières et étangs.

Description

Inféodé aux zones humides. En Mayenne : étangs du sud du département. Migrateur partiel.

Le saviez-vous ?

Il dort en dortoir collectif dans les roselières — parfois plusieurs dizaines d'oiseaux ensemble en hiver, qui se rassemblent au crépuscule en effectuant des évolutions spectaculaires.

Faucon hobereau

Falco subbuteo

Comment le reconnaître

Silhouette de martinet géant : ailes très longues, fines et pointues, queue courte. « Culotte » et bas-ventre rouge brique, moustache noire nette sur joue blanche. Vol acrobatique extrêmement rapide.

Description

Migrateur, présent d'avril à septembre. Chasse hirondelles, martinets, libellules — qu'il mange souvent en vol, tenues dans une patte.

Le saviez-vous ?

C'est l'un des rares oiseaux capables d'attraper un martinet noir en vol — exploit considérable quand on sait que le martinet est l'un des oiseaux les plus rapides en vol battu d'Europe.

Faucon pèlerin

Falco peregrinus

Comment le reconnaître

Trapu et puissant. Ailes en faux, queue plutôt courte. Capuchon noir et grosse moustache très marquée descendant en pointe sur la joue blanche, ventre finement barré. Vol direct, battements amples et profonds.

Description

Rare nicheur en Mayenne (anciennes carrières, hauts bâtiments, châteaux d'eau). Plus visible en hiver quand des migrateurs nordiques descendent.

Le saviez-vous ?

C'est l'animal le plus rapide du monde — jusqu'à 390 km/h en piqué. Pour supporter ce flux d'air, il a des écailles dans les narines qui font office de déflecteurs, copiées par l'aéronautique pour les entrées d'air des moteurs à réaction.

Balbuzard pêcheur

Pandion haliaetus

Comment le reconnaître

Grand, dessous tout blanc, dessus brun foncé, ailes longues et coudées (en M). Bandeau noir sur l'œil, comme un masque. Plonge spectaculairement pattes en avant, parfois entièrement immergé.

Description

De passage en migration (avril et septembre) sur les grands étangs du département et le long de la Mayenne. Ne niche pas en Mayenne, mais quelques individus s'attardent parfois.

Le saviez-vous ?

C'est le seul rapace dont l'orteil externe est réversible : il peut orienter ses doigts deux vers l'avant et deux vers l'arrière, comme une pince, pour mieux saisir les poissons glissants. Aucun autre oiseau de proie n'a cette adaptation.

Circaète Jean-le-Blanc

Circaetus gallicus

Comment le reconnaître

Grand rapace au dessous presque entièrement blanc, tranchant nettement avec une tête grosse et sombre qui rappelle un hibou. Plane longuement, et fait du vol stationnaire malgré ses 1,80 m d'envergure.

Description

Occasionnel en Mayenne, surtout en migration ou en erratisme estival. Spécialiste des reptiles.

Le saviez-vous ?

Il avale les serpents tête la première — et certains sont si longs que la queue dépasse encore du bec pendant des heures. Il rapporte ainsi parfois une couleuvre vivante au nid, à demi avalée, pour la donner au poussin.

Rapaces nocturnes

Chouette hulotte

Strix aluco

Comment la reconnaître

Silhouette ronde, sans aigrettes, gros yeux tout noirs, plumage brun roussâtre ou gris vermiculé. Le chant : le classique « hou-hou-hou-houououou » des nuits de campagne (le mâle), et le « kéwick ! » sec de la femelle.

Description

De très loin le rapace nocturne le plus commun en Mayenne. Niche dans les vieux arbres creux, parcs, grands jardins boisés.

Le saviez-vous ?

Le célèbre duo nocturne entendu dans les films (« hou-hou » + « kéwick ») n'est pas une chouette mais deux qui se répondent : le mâle hulule, la femelle répond. Toute seule, une hulotte ne fait jamais les deux sons.

Effraie des clochers

Tyto alba

Comment la reconnaître

Face blanche en cœur, dessous très pâle presque blanc, dessus doré tacheté de gris. Vol silencieux, fantomatique, dans les phares de voiture la nuit. Pas de cri en « hou-hou » : un chuintement strident, rauque (« krrkkrr ») — la « dame blanche » qui terrifiait autrefois les campagnes.

Description

Niche dans les granges, vieux pigeonniers, clochers. Très liée au bâti rural — son déclin suit celui des vieilles granges remplacées par des hangars hermétiques.

Le saviez-vous ?

Son disque facial en forme de cœur fonctionne comme une parabole : il concentre les sons vers ses oreilles, placées de façon asymétrique (l'une plus haute que l'autre) pour localiser une proie au millimètre dans le noir total.

Chevêche d'Athéna

Athene noctua

Comment la reconnaître

Toute petite (taille d'un merle), trapue, sans aigrettes. Gros yeux jaunes, sourcils blancs marqués lui donnant un air sévère. Souvent visible en plein jour, posée sur un piquet, un toit, un vieux mur.

Description

Aime les vieux vergers, les bocages avec arbres creux et tas de pierres. En déclin en Mayenne — disparaît avec l'arrachage des vieux arbres têtards.

Le saviez-vous ?

C'est l'oiseau de la déesse Athéna chez les Grecs, symbole de sagesse — et la raison pour laquelle, depuis 2 500 ans, on associe les chouettes à l'intelligence. Elle figurait sur les pièces d'Athènes.

Hibou moyen-duc

Asio otus

Comment le reconnaître

Longues aigrettes dressées sur la tête (qui ne sont pas des oreilles, juste des plumes ornementales), yeux orange vif, silhouette élancée. Souvent silencieux, donc passe inaperçu.

Description

Niche dans d'anciens nids de corneilles ou pies, en lisière de bois. En hiver, forme des dortoirs collectifs dans un conifère ou un buisson dense — parfois 10 à 20 individus dans le même arbre.

Le saviez-vous ?

Le poussin moyen-duc, quand il a peur, gonfle son plumage et écarte ses ailes pour paraître deux fois plus gros — la mère pousse de son côté un cri rauque qui imite un chien qui aboie pour faire fuir l'intrus.